Interview d’Oliver Bersabal BUDO Magazine
BI: Qu’est-ce qui vous a poussé à commencer les arts martiaux ?
Oliver Barsabal : La passion et la nécessité ! Tous ceux qui connaissent la situation des Philippines savent qu’il vaut mieux apprendre un peu de défense. A huit ans, j’ai commencé la Boxe et le Karaté car je suis très petit, mais ce qui aurait pu être considéré comme un handicap est devenu mon allié.
BI : De quelle manière ?
O.B : Hé bien, j’ai dû trouver un système qui fonctionne malgré ma petite stature et mes petites forces… C’est ainsi que j’ai rencontré mon maître, Andres Gumban (environs 98 ans) quand j’avais 20 ans. Il fonda un style qui réunissait différents styles de la région et appellé Arnis Koredas Obra mano, ce qui veut dire « Art de combat Philippin mélangé avec travail de la main».
BI : Comment êtes-vous arrivé en Europe ?

O.B : Je suis arrivé à Marseille, vu que j’étais marin. J’ai voyagé pendant de nombreuses années et finalement j’ai décidé de rester en France. J’ai habité Marseille et puis je suis allé à Paris. Là j’ai rencontré un Philippin qui m’a dit qu’il faisait du Kali et je ne savais pas de quoi il me parlait… C’est un mot en Tagalog que nous ne l’utilisons pas dans ma région, nous appelons les arts de combat Philippin « Arnis ». Il me demanda de lui enseigner mon « style » mais je ne comprenais pas ce concept-là. Pour nous il y a la tradition, les techniques et surtout nos mains.
BI : Quelles différences y a t’il entre la pratique aux Philipinnes et l’entraînement du Kali en Europe ?
O.B : Eh bien, là bas il y a pas de sécurité sociale ! De nombreuses techniques ne peuvent être pratiquées ici, ce sont des techniques dévastatrices, elles vous conduiraient en prison… La conception Philippine est très différente de l’Européenne, on s’entraîne et on se bat durement. Si vous voulez apprendre, vous devez vous sacrifier. Nous utilisons des foulards « Verde, marron, amarrillo, azul, rojo et negro » (vert, marron, jaune, bleu, rouge et noir. Si vous êtes « Maître » vous pouvez utiliser la couleur que vous voulez : « de colores ».
BI : Mais vous le dites en espagnol !
O.B : Oui, il y a encore beaucoup de mots espagnols que nous utilisons par tradition.
BI : A ce que je vois, votre style est très associé à des situations réelles.
O.B : Oui, effectivement. D’ailleurs, je suis en train d’apprendre à certaines brigades spéciales en France, précisément du fait de la similitude des situations, la manière dont nous utilisons le bâton. De fait, dans la vidéo que nous venons d’enregistrer, nous parlons de l’usage du bâton simple.
Des techniques simples et efficaces pour lesquels il n’est pas nécessaire d' être Monsieur Univers pour neutraliser un type beaucoup plus grand que nous. Je suis spécialisé dans dans les situations de contrôle réel. Cela comprend les désarmements, les coups aux centres nerveux qui annihilent l’agresseur et les luxations ou les manières d’immobiliser l’adversaire. De nombreux élèves médecins sont surpris de ces connaissances. Une fois, un personnage très connu en France, un homme de près de 110 Kg, me mit au défi d’essayer d’appliquer des dislocations dans la réalité, je lui ai demandé s’il me donnait carte blanche pour agir et il m’a dit « vas-y », je me suis donc défendu en lui luxant le bras, puis je lui ai dit « maintenant surtout ne bouge pas » et immédiatement, j’ai replacé son bras. Maintenant c’est un de mes élèves.
BI : Quelle différence y a t-il entre ce travail que vous venez de réaliser avec Budo International et vos précédentes vidéos ?

O.B : Eh bien, avec cette vidéo que nous venons de faire maintenant, vous pouvez réellement apprendre l’authentique système de combat avec le bâton simple, les angulations, les exercices avec un partenaire et quelques exercices que peuvent appliquer facilement les élèves qui font de l’Arnis. C’est un travail très didactique. Cette première vidéo concerne les techniques de bâton simple. Vous pourrez y voir comment travailler adéquatement avec des protections. On y démontre un travail très réaliste.
Bi : Vous travaillez toujours avec des protections ?
O.B : Non, elles ont été spécialement conçues pour le confort et la pratique la plus proche possible de la réalité.
Bi : Que diriez-vous aux étudiants européens des arts Phillippins ?
O.B : Pour savoir si un système est applicable ou non, il faut l’essayer. Vous pouvez passer ces années à dessiner des papillons dans l’air avec vos bâtons, mais si vous ne pouvez pas appliquer ensuite cela à une situation réelle, vous avez perdu votre temps ! Mon système s’applique au combat réel. Et j’en suis fier pour cette raison et parce que mon Maître est un grand Eskrimador. Il n’est pas riche, il vit dans une maison toute simple. Je suis son seul élève vivant, les autres sont tous morts. Il a survécu à eux tous… Certains sont morts en prison ou ont été tué dans une guérilla ou à cause de la violence qu’il y a dans certaines régions de mon pays. Il n’enseigne plus, sauf à moi parce qu’il dit que je lui ai démontré ce qu’il fallait sacrifier. Chaque fois que je peux, je vais le rejoindre et j’apprends toujours quelque chose. Une fois, je voyageais avec deux de mes étudiants et l’homme pleura d'émotion en voyant que le système se poursuivait après lui. C’est un homme sage, qui m’est très cher.
BI : D’après vous, qu’est-ce qui caractérise essentiellement l’Arnis Koredas Obra Mano ?
O.B : Sans aucun doute son réalisme. J’ai verifié de nombreuses fois mon style face à des gens très différents. Le mien est un style essentiellment réaliste, mais en même temps, il repose sur des principes très économiques en ce sens que n’importe qui peut l’appliquer. Regardez-moi je suis petit, mais en combat je suis un problème !
BI : Le concept de l’Arnis provient de l’ecrime espagnole, comment cela s’est-il passé ?
O.B : Quand les épées et les couteaux furent interdits, de nombreux maîtres s’entraînèrent avec des bâtons auxquels ils appliquaient les concepts des épées. Les Philippines sont très étendues et il y a beaucoup de styles divers. Il est difficile d’affirmer dans quelles mesures les uns ou les autres furent influencés par l’escrime espagnole. L’important, c’est que des formules de combats hautement efficaces se sont développés telle que l’Arnis Koredas Obra Mano et maintenant elles sont à la disposition des étudiants européens qui sont vraiment intéressés d’apprendre des formules de combats efficaces, qui veulent savoir comment se défendre avec un bâton ou sans, ou même avec n’importe quoi comme un magazine. Avec un magazine, j’ai réalisé des casses devant le public de Bercy à Paris. Quand quelqu’un me demandait pourquoi j’utilisais ce magazine en particulier, je lui répondais : « parce que c’est celui qui a le meilleur papier ! ». Un simple magazine enroulé peut être une arme mortelle, tout comme un bâton, mais s’il a un meilleur papier, il fonctionne évidemment beaucoup mieux.
Bi : Pensez-vous poursuivre vos vidéos dans le futur ?
O.B : Définitivement oui ! J’aimerais travailler avec vous, on voit dans la manière dont vous orientez les choses que vous êtes dans les arts martiaux… Oui, je veux avancer dans une direction très claire, expliquer à tous ceux qui veulent les voir comment on travaille ce style traditionnel Philippin, avec un bâton, avec deux, etc….Je crois que les vidéos sont un véhicule important quand elles sont bien réalisées, comme les vôtres. Beaucoup de choses seraient incessibles à beaucoup de gens si elles n’existaient pas. En outre, les nombreux pratiquants qui travaillent déjà les styles Philippins pourront voir les différences entre l’Arnis Koredas Obra Mano et d’autres formules et ainsi enrichir leurs Arnis.
BI : Maître Bersabal, merci
O.B : Merci à Budo Intrenational et à bientôt.
Rédigé par: Punong Guro Tagabalak
Mitchell TSIA KING FUNG














